Le Convent des Gaules de 1778 ne s'est pas contenté de fixer la structure administrative du Régime à travers le Code Général. Il a également entériné un second texte, de facture plus intime : la Règle en Neuf Points, elle aussi rédigée par Jean-Baptiste Willermoz dans le cadre de ce qu'on appelle la Réforme de Lyon.
Un texte pour le cœur, pas pour l'administration
Là où le Code Général organise les grades, les prérogatives et le fonctionnement des loges, la Règle en Neuf Points poursuit un objectif différent : elle s'adresse directement au candidat, pour lui rappeler ce qu'il doit à Dieu, à lui-même, à son prochain, à ses frères et à l'Ordre. Une version brève de cette règle était destinée à être lue lors de l'initiation elle-même, tandis que sa paraphrase en neuf articles, plus développée, était réservée à une méditation ultérieure et à une lecture occasionnelle en loge.
Cette double forme — une règle courte pour le moment initiatique, une version étendue pour l'approfondissement — illustre bien la méthode pédagogique du Régime : marquer l'esprit du candidat par une formule dense au moment de son engagement, puis lui laisser le temps d'en explorer les implications.
Des thèmes qui dépassent la simple morale
Le contenu de la Règle ne se limite pas à des préceptes de bonne conduite. Un des neuf articles, en particulier, aborde une question proprement métaphysique : l'immortalité de l'âme, présentée comme le fondement même de la dignité de l'homme face à une création par ailleurs soumise au temps et à la disparition. Ce choix révèle l'ambition du texte : ancrer la morale rectifiée non dans une convention sociale, mais dans une conception précise de la nature humaine et de sa destinée.
La Règle en Neuf Points ne prescrit pas seulement une conduite : elle propose une vision de l'homme dont cette conduite découle.
Le secret, une obligation sacrée
Sur l'obligation du secret, la Règle est sans ambiguïté. Elle rappelle au maçon que le secret dû « sur nos rituels, cérémonies, signes et la forme de notre association » engage aussi gravement que les serments prêtés devant la société civile, puisqu'il fut prononcé devant « l'Eternel, que tu invoquas comme témoin ». Le texte prévient que trahir ce secret expose non seulement à perdre la confiance des frères, mais à un tourment intérieur dont on ne peut jamais totalement se défaire.
Une conclusion sur la destinée de l'homme
La Règle s'achève sur un texte de portée plus large, qui replace la démarche initiatique dans une perspective religieuse. Le maçon fidèle à ces maximes est promis à retrouver « cette ressemblance divine qui fut le partage de l'homme dans son état d'innocence », présentée comme « le but du christianisme » dont « l'Initiation maçonnique fait son objet principal ». La formule finale résume l'ambition de tout le parcours rectifié : devenir, dit le texte, « bienfaiteur des hommes et modèle de tes frères ».
Cette conclusion éclaire rétrospectivement tout l'édifice moral du Régime : la bienfaisance n'y est pas une vertu parmi d'autres, mais l'aboutissement d'un travail initiatique compris comme une véritable restauration spirituelle.
Texte original consultable à la Bibliothèque nationale de France, sur Gallica (cote 8-H PIECE-1692).
Une postérité discrète mais continue
Comme le Code Général, la Règle en Neuf Points a traversé les siècles au sein des directoires et obédiences pratiquant le Régime, transmise à travers les manuscrits lyonnais conservés depuis l'époque de Willermoz. Elle reste aujourd'hui un texte de référence, dont la lecture accompagne encore les cérémonies d'initiation dans nombre de loges rectifiées.
Pour resituer ce texte dans l'ensemble de l'œuvre normative de Willermoz, voir notre article sur le Code Général, et pour le contexte de sa rédaction, celui consacré au Convent des Gaules.