En 1778, la ville de Lyon accueille un événement discret mais décisif pour l'histoire de la franc-maçonnerie continentale : le Convent des Gaules. Réunis à l'initiative de Jean-Baptiste Willermoz, les délégués des loges de la Stricte Observance Templière viennent y débattre de l'avenir d'un système maçonnique en crise.
Willermoz n'est pas un théoricien de cabinet. Négociant en soieries, il dirige sa loge lyonnaise depuis plus de vingt ans et a traversé plusieurs systèmes maçonniques successifs, chacun promettant de révéler l'origine véritable de l'Ordre. C'est de cette accumulation d'expériences, et d'une déception progressive envers la filiation templière revendiquée par la Stricte Observance, qu'il tire la matière du Régime.
Une rupture mesurée
Le Régime Écossais Rectifié ne rompt pas brutalement avec ce qui le précède : il le rectifie, au sens propre du terme. Willermoz conserve l'armature chevaleresque et l'exigence morale héritées de la Stricte Observance, mais il en écarte la prétention à une filiation historique directe avec l'ordre du Temple, jugée indémontrable.
À la place, il propose un édifice recentré sur une lecture chrétienne de la légende maçonnique, où le travail intérieur du candidat importe davantage que la revendication d'une origine prestigieuse.
Le Régime naît moins d'une révélation que d'un choix : celui de la sobriété doctrinale contre la surenchère des filiations.
Ce que le Convent tranche
Les débats du Convent des Gaules portent sur des questions concrètes : l'organisation des classes et grades, l'autorité du nouveau Directoire, la place de la dimension chrétienne explicite. Les positions de Willermoz l'emportent largement, et le texte connu sous le nom de Code Général en formalise les conclusions.
C'est ce même Convent qui consacre la structure à deux niveaux qui caractérise encore le Régime aujourd'hui : un Ordre Extérieur, aux trois grades symboliques classiques, et un Ordre Intérieur chevaleresque, celui des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte.
Une postérité discrète
Contrairement à d'autres rites nés au XVIIIe siècle, le Régime Écossais Rectifié n'a jamais cherché une diffusion massive. Sa pratique, restée mesurée, a traversé les XIXe et XXe siècles portée par un nombre restreint de loges et directoires, principalement en France, en Suisse et en Belgique, avant de connaître un regain d'intérêt au XXe siècle.
Deux siècles plus tard, le nom de Willermoz reste indissociable de ce Régime dont il a fixé, à Lyon, l'essentiel de l'architecture, ainsi que sa charte morale, la Règle en Neuf Points.